Le rendez-vous
Cétait sur le chemin du retour. A moitié.
Jaccélérais le pas car le soleil là-bas sur la méditerranée avait commencé
depuis longtemps déjà sa chute vers lhorizon.
Une vingtaine de degrés, pas plus, restaient à accomplir pour entamer le
crépuscule. Ce qui, lun dans lautre, ne me donnait pas plus dune heure et
demie de clarté pour regagner mon véhicule.
Dautant que je ne pouvais compter sur la lune celle-ci sétant déjà couchée
en cette époque de second quartier. Javais fouillé mes poches mais point
de lampe électrique.Oubliée.
Lendroit nétait pas dangereux mais suffisamment éloigné de la banlieue et
la crainte dêtre pris au piège de la nuit avait quelque chose de délicieux et
angoissant tout autant.
Tout à lappréciation de ces sensations inhabituelles et non désagréables
soudain je le vis.
La haut. Sur la barre des Taulières.
Et à sa limite. Là où elle se brise sur le vallon des Esclaouprés pour ensuite
donner naissance au Taoumé haut de ses 668 m.
A deux mètres près on aurait pu lappeler roche du diable.
Était-ce une illusion ? Ce demi ellipsoïde noir était-il un rocher ?
Jen étais encore assez loin. A environ 800 m.
Au détour du chemin qui longe Baume Sourne et qui se continue plus bas en
longeant la paroi rocheuse.
Je passerais donc sous lui sous peu et, dès ce moment, je le fixai
fermement pour mieux le définir.
Il ne bougeait point et était en équilibre stable.
A vu de nez et comparé à son environnement sa taille devait bien approcher
le mètre. Mes pieds me faisaient mal.
Ce soir je soignerais ces deux ampoules. Bien symétriques.
Chacune sous la partie charnue qui précède le pouce. Mapprochant,
quoi que loin encore, son extrémité supérieure, effilée,
me paru lentement dodeliner de droite à gauche et de gauche à droite
dans un lent mouvement de va et vient continuel.
Ce nétait donc pas un rocher. Jétais maintenant à son aplomb,
à quelques dizaines de mètres sous lui. Jessuyais mes lunettes
minutieusement pour définir au mieux cette étrange présence.
A nen pas douter jétais là face à un grand rapace.
Je distinguais nettement la tête les yeux et le bec. Il était comme assis.
Et sa tête dodelinait toujours. Mais il ne bougeait toujours pas.
Jeu quelque angoisse en pensant à la possibilité dune attaque toujours
possible. Je men voulu alors davoir aussi oublié mon couteau suisse.
Il aurait pu servir à défendre ma vie éventuellement menacée par lénorme
volatile. Lidée du danger devient parfois attrayante et pousse lindividu à
des conduites hasardeuses. Comme linconscient jouant à la roulette russe
je ne pu mempêcher de provoquer la bête.
Je prenais même plaisir à, le toisant du bas de la falaise, lui lancer de
sonores croac...croac et à faire de grands mouvements désordonnés pour en
quelque sorte leffrayer mais, plutôt, soyons franc, le dissuader de passer à
lattaque.
Il me regardait presque tristement.
Dodelinait toujours mais plus lentement. Dévidence il ne mattaquerait pas.
Jétais quelque peu soulagé mais un tantinet déçu.
Il ne marriverait décidément jamais rien dextraordinaire.
Ma vie allait bientôt sachever dans une sorte dinexistence ouatée.
Une non vie en quelque sorte.
Tout paraissait sagiter autour de moi et tout en moi paraissait mort.
Rien ne mavait atteint et je navais rien atteint non plus.
Même la haut cet oiseau me narguait de sa calme et dodelinante
indifférence.
Le ciel sobscurcissait peu à peu. La nuit ne tarderait pas à apparaître.
Il était temps de rentrer et de marracher à ces tristes pensées.
Je repris mon chemin tout en me retournant épisodiquement de façon à
garder son image bien réelle à mes yeux.
Le calme dun vieux sachem. Il ne bronchait pas.
Était-ce un descendant du gros hibou dont la grotte était si près ? Mystère.
Jarrivais maintenant à lextrémité de la barre vers Canteperdrix, là où le
chemin redescend presque à 180° vers Tête Rouge et me retournai encore
pour le voir une dernière fois.
Il était devenu gros point sur lhorizon mais je lapercevais néanmoins
distinctement.
Il se leva sur ses deux jambes et marcha quelques mètres sur la crête pour
ensuite disparaître de lautre côté de la colline.
Sa nature humaine me coupa alors le souffle et il me fallut plusieurs
minutes je lavoue pour me remettre de cette inattendue erreur
dappréciation.
Quétait venu chercher ou fuir ce faux rapace ?
Ici dans ce lieu solitaire et baigné
De soleil, de calcaire et de paix.
Certainement pas moi ou autres de ma race
Extravertis bruyants, brise tranquillités.
Faux rapace, vrai homme, ne men veux pas.
La haut sur ce rocher
Cétait toi. Cétait moi.
ubah naxomob
24 1 2003
